L'IA dans la recherche : AI Act, charte de laboratoire et boîte à outils
L'IA générative écrit du code, rédige des articles et trie des données dans tous les laboratoires. Le règlement européen sur l'IA (AI Act) encadre ce que nous construisons et ce que nous transférons. Voici ce qui change pour les chercheurs, le calendrier européen et français, la comparaison avec le reste du monde, la question de la responsabilité quand un code de recherche devient un produit, et une boîte à outils qu'un laboratoire peut adopter en quelques heures par projet.
Cyril Voyant, Mines Paris – PSL, centre O.I.E. · état au 23 octobre 2026 · ceci n'est pas un avis juridique : voyez le service juridique de votre établissement
En bref
- Deux exclusions pour la recherche, pas une : les systèmes développés et mis en service à la seule fin de la recherche scientifique (art. 2(6)), et la recherche, les essais et le développement avant la mise sur le marché, sauf les essais en conditions réelles (art. 2(8)). Les règles commencent quand un modèle est mis sur le marché ou mis en service, par exemple quand un partenaire le déploie dans un système énergétique. Il est à haut risque s'il sert de composant de sécurité dans la fourniture d'électricité, de gaz ou de chauffage (annexe III, point 2) ; sinon, sa classe s'apprécie au cas par cas.
- Les échéances ont bougé en 2026 : la transparence s'applique depuis le 2 août 2026, les systèmes à haut risque de l'annexe III à partir du 2 décembre 2027, l'IA intégrée aux produits réglementés à partir du 2 août 2028 (règlement (UE) 2026/1744).
- Pas besoin d'un service de conformité : une charte d'une page, une fiche données et une fiche modèle, un plan de test minimal et six champs de plus dans le plan de gestion des données donnent à un projet une base documentaire qu'un audit peut examiner. Les durées indiquées plus bas sont indicatives ; rien de cela ne garantit la conformité.
Ce que l'IA change dans la recherche
L'IA accélère ce qui prenait des jours : écrire du code, résumer une littérature, nettoyer des données, rédiger. Elle crée aussi des risques pour la science elle-même : références inventées, code fluide mais faux, articles produits à l'échelle industrielle, modèles que personne ne peut reproduire, résultats qui dépendent d'un outil dont la version change sans prévenir. La réponse est celle de tout instrument scientifique : dire ce qui a été utilisé, le vérifier, le documenter, le rendre reproductible. La confiance ne se décrète pas, elle se démontre (voir se questionner sur nos façons de faire de la recherche).
L'AI Act, en clair
- Une logique : le risque de l'usage. Certains usages sont interdits (manipulation, notation sociale), d'autres sont à haut risque et très encadrés (composants de sécurité d'infrastructures critiques comme la fourniture d'électricité, de gaz ou de chauffage, dispositifs médicaux, éducation, emploi), d'autres portent des obligations de transparence (agents conversationnels, contenus synthétiques), le reste est libre.
- Deux rôles principaux. Le fournisseur développe un système et le met sur le marché ou en service sous son nom (art. 3(3), 16). Le déployeur l'utilise sous son autorité (art. 26). Qui appose son nom, modifie substantiellement un système ou en change la destination peut devenir fournisseur (art. 25).
- La recherche est exclue, sous conditions. Les systèmes et modèles développés et mis en service à la seule fin de la recherche scientifique sont hors champ (art. 2(6)), de même que la recherche, les essais et le développement avant la mise sur le marché, sauf les essais en conditions réelles (art. 2(8)). Les composants libres et open source sont largement exemptés, sauf s'ils sont à haut risque, interdits ou soumis à la transparence (art. 2(12)).
- IA générative. Les obligations d'août 2025 visent les fournisseurs de modèles à usage général (OpenAI, Mistral, Google...), pas les chercheurs qui les utilisent. Le marquage des contenus synthétiques (art. 50) vise surtout les fournisseurs et, pour les hypertrucages ou les textes d'information publiés sans contrôle éditorial humain, les déployeurs. Déclarer l'usage de l'IA dans un article ou une thèse relève surtout des éditeurs, des financeurs et des règles d'intégrité scientifique (pas d'IA autrice, mention de l'usage), plus que du règlement lui-même.
- Maîtrise de l'IA (art. 4). Les organisations qui fournissent ou déploient des systèmes d'IA prennent des mesures pour que leur personnel les comprenne ; la révision de 2026 en a fait une obligation de moyens, avec l'appui de la Commission et des États membres.
Le calendrier en Europe et en France
| Date | Ce qui s'applique |
|---|---|
| 1er août 2024 | Entrée en vigueur de l'AI Act (règlement (UE) 2024/1689) |
| 2 février 2025 | Pratiques interdites ; maîtrise de l'IA |
| 2 août 2025 | Obligations des fournisseurs de modèles d'IA à usage général ; gouvernance ; sanctions |
| 27 juillet 2026 | Omnibus numérique sur l'IA (règlement (UE) 2026/1744) en vigueur : échéances du haut risque reportées |
| 2 août 2026 | Obligations de transparence (art. 50) et la plupart des autres dispositions ; surveillance du marché nationale |
| 2 décembre 2026 | Fin du délai pour marquer les contenus synthétiques des systèmes déjà sur le marché (art. 50(2)) |
| 9 décembre 2026 | Nouvelle directive (UE) 2024/2853 sur les produits défectueux : le logiciel est un produit |
| 2 décembre 2027 | Systèmes à haut risque de l'annexe III (composants de sécurité d'infrastructures critiques, éducation, emploi...) |
| 2 août 2028 | IA à haut risque intégrée à des produits réglementés (annexe I : machines, dispositifs médicaux...) |
En France, un projet de loi d'adaptation au droit de l'Union (adopté par le Sénat le 18 février 2026, examiné par l'Assemblée nationale à l'automne 2026) organise la surveillance : la DGCCRF comme coordinatrice et point de contact unique, la CNIL pour les pratiques interdites et une partie des usages à haut risque, l'Arcom pour les contenus synthétiques, l'ACPR pour la finance, avec l'appui technique de l'ANSSI et du PEReN. En attendant la loi, le règlement européen s'applique directement ; reste à fixer la désignation des autorités.
Ailleurs : pas d'équivalent de l'AI Act, mais des règles partout
| Région | Approche (octobre 2026) |
|---|---|
| États-Unis | Pas de loi fédérale sur l'IA. Un décret présidentiel de décembre 2025 pousse vers un cadre national qui primerait sur les lois des États, mais le Congrès ne l'a pas adopté. Les lois des États s'appliquent : Californie (transparence des modèles de pointe) et Texas depuis janvier 2026, Colorado à partir de janvier 2027. |
| Chine | Des règles par usage : services d'IA générative (2023), enregistrement des algorithmes, étiquetage obligatoire des contenus générés par IA depuis le 1er septembre 2025, contrôlé par l'administration du cyberespace. |
| Corée du Sud | L'équivalent le plus proche : une loi-cadre horizontale sur l'IA en vigueur depuis le 22 janvier 2026 (IA à fort impact, transparence, représentant local pour les entreprises étrangères), avec un an de délai avant les amendes. |
| Japon | Loi de promotion de l'IA (2025) : un cadre pour promouvoir et coordonner, sans sanctions ; des lignes directrices pour les entreprises. |
| Canada, Brésil | Le projet de loi fédéral canadien est devenu caduc en 2025 ; le projet brésilien, proche du modèle européen, a été adopté par le Sénat en décembre 2024 et restait en discussion à la Chambre lors de notre dernière vérification. |
Ce que cela signifie pour un laboratoire européen : les partenaires étrangers travaillent sous d'autres règles, souvent plus légères, mais l'AI Act s'applique à tout système dont la sortie est utilisée dans l'UE (art. 2(1)). Un cadre partagé rend la collaboration sûre : sans lui, personne ne sait qui répond d'un modèle une fois sorti du laboratoire.
Qui est responsable quand un code de recherche devient un produit ?

Un cas typique : un modèle de prévision écrit en partie par trois laboratoires, l'un en France, l'un ailleurs dans l'UE et l'un chez un partenaire asiatique, dans un projet commun. Un industriel reprend le code dans un système de gestion d'énergie vendu en Europe.
- Tant que le code sert la recherche, les trois laboratoires sont hors du champ de l'AI Act. Ils restent responsables de l'intégrité scientifique, de la documentation qu'ils livrent et des termes de la licence et de l'accord de consortium.
- Quand l'industriel met le système en service sous son nom, il devient fournisseur : si le système est un composant de sécurité de la fourniture d'électricité, il est à haut risque (annexe III, point 2, à partir du 2 décembre 2027) : gestion des risques, dossier technique, évaluation de conformité et marquage CE. Le gestionnaire de réseau qui l'utilise est déployeur : supervision humaine, surveillance, journaux.
- Si le partenaire déploie le modèle dans son pays, le droit local s'applique (par exemple la loi-cadre coréenne ou l'étiquetage chinois) ; l'AI Act ne s'applique que si la sortie est utilisée dans l'UE.
- La responsabilité civile suit la nouvelle directive sur les produits défectueux à partir du 9 décembre 2026 : le logiciel est un produit, mais le logiciel libre fourni hors activité commerciale est exclu. Tout le reste se règle par contrat : qui peut réutiliser le code, pour quel usage, avec quelles garanties et quel devoir d'information.
La leçon pratique : écrire le transfert dans le contrat avant que le code ne quitte le laboratoire, et livrer un modèle documenté et testé. Un modèle sans documentation laisse à son nouveau propriétaire un risque que personne ne peut mesurer.
Qui est responsable ? Une orientation en une minute
Répondez à quelques questions sur un système d'IA. Les réponses renvoient aux articles de l'AI Act qui s'appliquent ; c'est une orientation, pas un avis juridique.
Ce qu'un laboratoire peut faire : l'exemple du cadre O.I.E.
Au centre O.I.E. (Mines Paris – PSL, une trentaine de personnes), un cadre FAIR + IA est en rédaction depuis 2025 et en cours de finalisation, pour un déploiement à partir de 2027. Ses grandes lignes :
- Une charte d'une page signée par chaque membre : IA générative autorisée comme assistant pour la rédaction, le code et les figures, avec mention explicite de son usage ; relecture humaine de tout ce qu'elle produit ; documentation minimale (fiche données, fiche modèle, dépôt Git versionné avec README) ; chaque projet IA dans un registre, réévalué quand il passe de la recherche à l'industrie ; un plan de gestion des données avec six champs IA.
- Des rôles légers, environ 0,3 équivalent temps plein au total : un référent conformité IA (registre, veille, partenaires), un responsable des données FAIR (plans de gestion, fiches données, licences, RGPD) et un référent MLOps et qualité (fiches modèle, plans de test, dérive), plus un comité d'éthique de quatre personnes réuni chaque trimestre pour les projets sensibles.
- Six étapes par projet (durées indicatives) : registre (5 minutes) ; plan de gestion des données avec les champs IA (1 heure) ; fiche données et fiche modèle (2 heures) ; plan de test minimal (2 à 3 heures) ; README avec la mention d'usage de l'IA (30 minutes) ; pour un transfert, un dossier prêt pour l'audit (une journée).
- Indicateurs : au moins 95 % des projets documentés, moins de cinq jours entre le lancement et le plan enrichi, satisfaction des partenaires supérieure à 8/10.
À l'échelle de l'établissement, le service juridique de Mines Paris – PSL a construit avec les centres de recherche un arbre de décision d'autoévaluation : quel acteur et dans quel rôle, les questions essentielles, les impacts, la qualification du système dans la pyramide des risques, les conditions d'usage et de mise à disposition. Son but est de repérer le point de bascule où un projet entre dans le champ de l'AI Act, et d'adapter à temps le contrat et son annexe technique. C'est un bon exemple de ce qu'un établissement peut offrir à ses chercheurs.
La boîte à outils
Chaque outil s'ouvre sur un exemple rempli, tiré des modèles du centre O.I.E. (les valeurs marquées illustratives ne sont pas des résultats). Télécharger les neuf modèles en un kit (fichiers Markdown dans un zip, prêts à remplir).
1. Situer le projet. Recherche seule, transfert ou déploiement ? Qui sera fournisseur, qui déployeur ? Quelle classe de risque ? Les essais en conditions réelles ne sont pas couverts par l'exemption recherche.
2. Déclarer l'usage de l'IA. Dans un article, une thèse, un rapport ou un README : quel outil, quelle version, pour quoi faire, vérifié par qui et quand. Exemple : « Une partie du code de lecture des données a été rédigée avec GitHub Copilot (2026) ; toutes les fonctions ont été relues et testées par A. Auteur le 12 mars 2026. »
Exemple : README avec la mention d'usage de l'IA
Projet : MLP, prévision du rayonnement global horizontal (GHI) · Auteur : Prénom Nom · Encadrant : Prénom Nom · O.I.E., Mines Paris – PSL
- Objet : entraîner un perceptron multicouche pour prévoir le GHI horaire à partir de données météorologiques.
- Usage de l'IA : aide ponctuelle d'un assistant d'IA générative (nom et version) pour du code standard et du débogage. Toutes les suggestions ont été revérifiées par l'auteur (tests unitaires, validation par l'encadrant), nom et date.
- Données : réseau SIAR (Espagne), 2005–2015 ; normalisation, gestion des manques ; données publiques non personnelles ; licence indiquée.
- Tests : graine fixée, résultats identiques sur des exécutions répétées ; validation croisée (k > 3) ; test de stress sur les pics d'éclairement et les valeurs manquantes ; dérive suivie par le nRMSE et NICE sur des données récentes.
- Réutilisation : recherche académique ; toute utilisation industrielle doit être validée par le laboratoire.
3. Garder un humain aux commandes. Pas d'IA autrice ; chaque référence, équation et ligne de code vérifiée par une personne nommée.
4. Documenter les données (fiche données). Origine, période, volume, variables et unités, prétraitements, qualité, biais connus, licence ou base légale, transferts hors UE, conditions de réutilisation.
Exemple : fiche données (une page)
| Champ | À renseigner | Exemple |
|---|---|---|
| Nom du jeu de données | Nom utilisé dans le projet | SIAR_GHI_ES_2005_2015 |
| Origine | Fournisseur ou réseau de stations | Réseau SIAR (Espagne) |
| Période, volume | Dates couvertes et taille | 2005–2015, 10 stations, 50 000 enregistrements |
| Variables | Variables principales et unités | GHI (W/m²), température (°C), humidité ( %) |
| Prétraitements | Étapes appliquées | Normalisation min-max, interpolation des manques |
| Qualité | Évaluation rapide | 3 % de valeurs manquantes, capteurs étalonnés |
| Biais connus | Points de vigilance | Répartition géographique non homogène |
| Licence, base légale (RGPD) | Licence de diffusion ou base juridique | CC BY 4.0, données publiques |
| Transferts hors UE | Oui ou non, et garanties | Non (stockage dans l'UE uniquement) |
| Réutilisation | Libre, contrat ou restriction | Libre à des fins académiques |
5. Documenter le modèle (fiche modèle). Nom et version, architecture, données d'apprentissage et de test avec le découpage, usage prévu, métriques contre une référence explicite (la persistance, par exemple avec les métriques NICE), limites, supervision humaine, lien vers la version du code.
Exemple : fiche modèle (moins de deux pages)
| Champ | À renseigner | Exemple (illustratif) |
|---|---|---|
| Nom, version | Identifiant unique | MLP_GHI_v1.2 |
| Type | Architecture | MLP, 3 couches de 64 neurones |
| Données | Jeux de données, période, découpage | SIAR (Espagne), 2005–2015, 70/15/15 % |
| Usage prévu | Recherche, simulation ou déploiement | Recherche académique, prévision horaire du GHI |
| Métriques | Contre une référence explicite | nRMSE, nMAE, NICE² par rapport à la persistance |
| Résultats clés | Par station, horizon, saison | Tableau par station |
| Sous-groupes | Résultats par climat ou saison | Moins bon en climat méditerranéen |
| Limites connues | Ce que le modèle ne couvre pas | Pannes de capteurs, forte variabilité nuageuse |
| Supervision humaine | Qui valide les sorties | Encadrant de thèse, relecture du comité IA |
| Traçabilité | Références techniques | Commit Git, modèle archivé avec un DOI |
| Réutilisation | Libre, licence ou contrat | Libre pour la recherche ; usage industriel sous accord |
6. Tester avant de partager. Reproductibilité (graine fixée, mêmes résultats), robustesse (validation croisée, sous-échantillons), tests de stress (valeurs extrêmes ou manquantes), dérive sur des données récentes.
Exemple : plan de test minimal (liste de contrôle, une demi-journée)
| Test | Comment | Pourquoi | Qui valide |
|---|---|---|---|
| Reproductibilité | Graine fixée, résultats identiques ; empreinte des poids et du jeu de données | Un tiers peut reproduire les résultats | Doctorant et encadrant |
| Robustesse | Validation croisée k-fold ou sous-échantillons | Le modèle n'est pas sur-ajusté à un seul jeu | Doctorant |
| Test de stress | Données extrêmes : pics d'éclairement, manques, anomalies de capteurs | Stabilité hors conditions normales | Encadrant |
| Dérive | nRMSE et NICE sur données récentes contre anciennes, avec seuils | Anticiper la perte de performance | Référent MLOps et qualité |
| Licences | Chaque donnée et code réutilisé respecte sa licence | Conformité juridique | Responsable des données FAIR |
| README et mention IA | Usage de l'IA générative indiqué | Transparence | Doctorant |
| Validation finale | Relecture scientifique et technique | Qualité avant diffusion | Encadrant responsable |
Pour un modèle en service, un plan de surveillance ajoute des seuils, par exemple : nRMSE contrôlé chaque mois, alerte au-delà de +0,05 et critique au-delà de +0,10, puis analyse et réapprentissage ; couverture des données contrôlée chaque semaine, alerte sous 95 % ; plus de trois incidents par mois déclenchent un diagnostic urgent.
7. Ajouter six champs au plan de gestion des données. Base légale ; supervision humaine ; transparence IA ; conditions de réutilisation ; transferts internationaux ; analyse d'impact (AIPD si le traitement de données personnelles présente un risque élevé pour les personnes, FRIA pour certains déploiements à haut risque).
Exemple : les six champs IA d'un plan de gestion des données
- Base légale : pour les données personnelles, identifier le fondement applicable au titre de l’article 6 du RGPD, et les conditions de l’article 9 si pertinent. Documenter séparément licences et accords de réutilisation : ils ne remplacent pas une base légale RGPD.
- Supervision humaine : qui valide les résultats, quand, à quel niveau (dans, sur ou hors de la boucle).
- Transparence IA : si un contenu ou un code a été produit avec une IA, et comment c'est signalé.
- Conditions de réutilisation : libre, sous licence, ou réservée à un contrat.
- Transferts internationaux : si des données sortent de l'UE (nuage non européen, partenaire étranger) et les garanties.
- Analyse d'impact : AIPD si le traitement de données personnelles présente un risque élevé pour les personnes ; FRIA pour certains déploiements publics à haut risque ; sinon, pourquoi aucune ne s'applique.
Exemple : criblage AIPD et FRIA, deux projets contrastés
Documenter la décision et sa justification : un score numérique ne détermine pas une obligation juridique. AIPD : le responsable du traitement apprécie le risque élevé pour les personnes, avec le conseil du DPO lorsqu’il est désigné (CNIL). FRIA : vérifier l’usage prévu, la qualification à haut risque et le déployeur au regard de l’article 27 ; le point 2 de l’annexe III est exclu de cette obligation spécifique.
- Prévision pour une thèse à partir de seules données météorologiques : dans ce scénario, aucun traitement de données personnelles nécessitant une AIPD n’est identifié. Consigner le contexte de recherche et réexaminer l’applicabilité avant un déploiement.
- Prévision de consommation des foyers pour un gestionnaire de réseau : examiner les risques des profils de consommation avec le responsable du traitement et le DPO. Le secteur énergétique ne suffit pas à déduire une obligation de FRIA. Documenter l’usage prévu, la catégorie applicable et les responsabilités ; une analyse volontaire reste possible.
8. Tenir un registre des projets, usages et partenaires IA, et réévaluer quand un projet change de destination.
Exemple : une ligne du registre IA
| Projet | Modèle | Usage d'IA générative | Statut | Partenaires | Données | Dernière revue |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Prévision GHI, thèse 2026 | ELM, MLP | Assistant de code, indiqué dans le README | Recherche seule | Aucun | Données météorologiques publiques | Lancement ; à tout changement de destination |
9. Avant tout transfert, écrire le contrat et préparer le dossier. Qui devient fournisseur ; licence et propriété intellectuelle ; garanties et responsabilité ; obligation de signaler les incidents ; transferts de données ; le dossier technique (README, fiches données et modèle, plan de test et résultats, journal des versions, plan de surveillance).
Exemple : contenu d'un dossier prêt pour l'audit
- README avec l'usage de l'IA générative et les licences des données et du code ;
- fiche données (origine, biais, base légale, réutilisation) et fiche modèle (type, données, métriques, limites, supervision humaine, traçabilité Git) ;
- plan de test et ses résultats, validés par l'encadrant ;
- plan de gestion des données avec les six champs IA ;
- journal des versions : versions du modèle, commits Git, évolutions du jeu de données ;
- pour un déploiement à haut risque : plan de surveillance (nRMSE, NICE, dérive, seuils) et procédure d'incident (canal de remontée, responsable nommé, délai de correction).
10. Former tout le monde. Une courte session annuelle pour les doctorants et les personnels couvre la maîtrise de l'IA et la charte du laboratoire.
Exemple : une charte de laboratoire d'une page
En tant que membre du laboratoire, je m'engage à respecter les principes suivants pour l'utilisation et le développement de systèmes d'intelligence artificielle, conformément à l'AI Act et aux principes FAIR.
- IA générative (assistants conversationnels, assistants de code) : autorisée comme aide à la rédaction, au code et aux figures, avec mention systématique de son usage (rapport, article, README).
- Relecture humaine : tout ce qui est produit avec une IA est vérifié par une personne ; relecture technique et bibliographique avant toute diffusion. L'auteur reste responsable.
- Documentation minimale pour chaque projet : une fiche données, une fiche modèle, un dépôt Git versionné avec un README (plateforme de l'établissement ; les projets peuvent rester privés).
- Registre IA : chaque projet utilisant l'IA y est inscrit ; le passage de la recherche à l'industrie déclenche une réévaluation.
- Plan de gestion des données avec les six champs IA : base légale, supervision humaine, transparence IA, réutilisation, transferts internationaux, analyse d'impact.
Nom, fonction, date, signature.
Glossaire
- RGPD
- Règlement général sur la protection des données, règlement (UE) 2016/679 : le droit européen des données personnelles. Voir le texte et les explications de la CNIL.
- AIPD (DPIA en anglais)
- Analyse d'impact relative à la protection des données (art. 35 du RGPD) : obligatoire quand un traitement de données personnelles est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les personnes. Méthode et outil de la CNIL.
- FRIA
- Analyse d'impact sur les droits fondamentaux (art. 27 de l'AI Act) : exigée de certains déployeurs de systèmes à haut risque, surtout les organismes publics et les entités privées qui fournissent un service public, avant la première utilisation.
- MLOps
- Ensemble des pratiques qui gardent un modèle reproductible et fiable une fois en service : versionnement des données et du code, tests automatisés, suivi des performances et de la dérive, réapprentissage maîtrisé.
- Plan de gestion des données (PGD, DMP)
- Document qui décrit comment un projet collecte, documente, stocke, partage et archive ses données, exigé par l'ANR et Horizon Europe ; rédigé en France avec DMP OPIDoR.
- Fiche données, fiche modèle
- Fiches d'une ou deux pages qui décrivent un jeu de données ou un modèle entraîné : origine, contenu, usage prévu, métriques, limites. Le format reprend les propositions « model cards » et « datasheets for datasets » de la communauté de l'apprentissage automatique.
Ressources officielles
- AI Act : règlement (UE) 2024/1689 sur EUR-Lex et la page de la Commission européenne
- Commission européenne : lignes directrices évolutives pour un usage responsable de l'IA générative en recherche (en anglais)
- CNIL : IA et données personnelles et le guide de l'analyse d'impact
- Plans de gestion des données : DMP OPIDoR
- Normes : ISO/IEC 42001 :2023 (système de management de l'IA) et ISO/IEC 23894 :2023 (gestion des risques de l'IA)
- Éthique de la publication : position du COPE sur les auteurs et l'IA (en anglais)
Limites
Cette page résume des textes publics et le travail d'un laboratoire ; ce n'est pas un avis juridique. Lois nationales, lignes directrices et normes évoluent encore : les dates sont celles vérifiées le 23 octobre 2026. Pour un projet réel, interrogez le service juridique de votre établissement.
Citer cette page
Voyant, C. (2026). L'IA dans la recherche : AI Act, charte de laboratoire et boîte à outils, version 1.2, 24 octobre 2026. https://www.cyrilvoyant.com/fr/ia-dans-la-recherche/
Versions : 1.0 (23 octobre 2026), première publication ; 1.1 (23 octobre 2026), les deux exclusions de la recherche (art. 2(6) et 2(8)) et le périmètre à haut risque de l'annexe III, point 2 (composants de sécurité) précisés, durées signalées comme indicatives. 1.2 (24 octobre 2026) : criblage qualitatif AIPD/FRIA et distinction entre base légale RGPD et licence de réutilisation.
@misc{voyant2026iarecherche,
author = {Voyant, Cyril},
title = {L'IA dans la recherche : AI Act, charte de laboratoire et boîte à outils},
year = {2026},
note = {Version 1.2, 24 octobre 2026},
url = {https://www.cyrilvoyant.com/fr/ia-dans-la-recherche/}
}
Pour aller plus loin
- Se questionner sur nos façons de faire de la recherche : influence, intégrité, excellence
- Au modèle de langage la lecture, au code validé le calcul : WebSemantic
- La démarche : l'IA à sa place, la confiance démontrée
Questions fréquentes
La recherche scientifique est-elle exemptée de l'AI Act ?
Les exclusions dépendent de la finalité du système et de son stade, pas seulement du statut de chercheur. L'article 2 vise les systèmes développés et mis en service à la seule fin de recherche scientifique, ainsi que certaines activités de recherche avant commercialisation. Les essais en conditions réelles sont exclus de cette seconde exemption. Le périmètre doit être réévalué avant un transfert ou un déploiement.
Quelles échéances pour l'IA à haut risque faut-il suivre au laboratoire ?
Au 23 octobre 2026, le calendrier révisé prévoit le 2 décembre 2027 pour les usages à haut risque de l'annexe III et le 2 août 2028 pour l'IA à haut risque intégrée aux produits réglementés de l'annexe I. D'autres obligations ont leur propre calendrier. Il faut identifier le système et la disposition concernés avant de retenir une échéance.
Qui est responsable quand un code de laboratoire est transféré ?
Il faut identifier le fournisseur, le déployeur et les autres acteurs du système réel. Pour les systèmes à haut risque, l'article 25 précise les circonstances dans lesquelles un changement de marque, une modification substantielle ou un changement de finalité peut faire d'un autre acteur le fournisseur. Le contrat documente les rôles sans remplacer les obligations légales applicables.
Que documenter en premier au laboratoire ?
Consigner la finalité, les responsables, l'origine des données, les versions du modèle et du code, les tests et les limites. Préparer des fiches de données et de modèle, une déclaration d'usage de l'IA et un registre des projets. Avant un transfert, revoir les rôles et le dossier avec le service juridique. Ce sont des recommandations pratiques, pas une certification de conformité.