Se questionner sur nos façons de faire de la recherche : influence, intégrité, excellence
Dans un monde en pleine mutation, la recherche doit aussi examiner ses propres méthodes. La même démarche s'applique : comparer à une référence explicite, regarder ce qu'un nombre unique cache, et énoncer les limites.
Qui a fait quoi. La cartographie mondiale des institutions : John P. A. Ioannidis (Meta-Research Innovation Center at Stanford, université Stanford), Jeroen Baas et Roy Boverhof (Elsevier, Amsterdam), avec Cyril Voyant (Mines Paris – PSL, centre O.I.E.). L'indice d'influence : Cyril Voyant, Jeroen Baas, Roy Boverhof, Paolo Stringari, Marion Marchand-Lasserre et John P. A. Ioannidis. Le cadre sur l'excellence : Cyril Voyant, Rodrigo Amaro e Silva, Nicolas Fichaux, Lionel Menard, Sylvain Cros et Rodanthi-Elisavet Mamouri.
En bref
- Compter les chercheurs très cités mélange taille et concentration. Une part rapportée à une référence neutre de 2 %, sur une échelle de doublement, dit à quel point l'influence est concentrée, indépendamment de la taille d'un établissement.
- L'impact seul ne suffit pas : une cartographie mondiale des institutions, par J. P. A. Ioannidis (Stanford), J. Baas et R. Boverhof (Elsevier) et C. Voyant, dans Royal Society Open Science (2026), le place à côté d'indicateurs d'intégrité : rétractations, autocitation extrême, publication dans des revues retirées.
- Publier ne suffit plus non plus : dans un système saturé, la recherche doit être trouvée, jugée crédible et réutilisée. Le cadre RTVACOS traite l'excellence comme un système multiplicatif où un seul socle faible fait tout s'effondrer.
Le constat
Les outils qui servent à juger la recherche méritent le même examen que les modèles qui prévoient le soleil ou calculent une dose. Un indicateur de volume récompense la taille ; un score unique masque les problèmes d'intégrité ; un bon article que personne ne trouve n'a pas d'impact. Chacune de ces questions reçoit la même réponse qu'ailleurs dans ce travail : une référence explicite, plusieurs mesures complémentaires, et des limites énoncées.
La question
Comment un établissement, un financeur ou un chercheur doit-il lire la performance de la recherche, quand la production a quadruplé depuis 2004 et que les outils d'écriture par IA l'accélèrent encore ? Quels indicateurs mesurent vraiment ce que l'on croit ?
La théorie, en clair
L'influence, indépendamment de la taille. Avec X auteurs très cités parmi N auteurs éligibles d'un établissement, la part est p = X/N. On la compare à la part attendue par construction des listes Top 2 %, p₀ = 0,02 :
I = log₂(p / p₀)
I = 0 correspond à la référence, I = +1 au double, I = −1 à la moitié. L'échelle est symétrique et ne dépend ni de la taille de l'établissement ni des performances des autres. L'idée est la même que comparer une prévision à la persistance : un score n'a de sens que rapporté à une référence énoncée.
Impact et intégrité, côte à côte. La cartographie publiée dans Royal Society Open Science (2026) ajoute trois indicateurs de problèmes possibles d'intégrité : les signatures d'articles rétractés pour des raisons autres que des erreurs d'éditeur, et les parts d'auteurs très cités ayant une autocitation extrême ou beaucoup de publications dans des titres retirés de Scopus.
L'excellence comme système. RTVACOS écrit l'excellence E ∝ (R × T × V × A) × (1 + C + O + S) : quatre fondations (Rigueur, Transparence, Visibilité, Adoption) qui se multiplient, de sorte qu'un zéro dans l'une annule l'ensemble, et trois amplificateurs (Collaboration, Ouverture, Signification sociétale) qui démultiplient un socle solide sans pouvoir le remplacer.
L'exemple en chiffres

Un établissement dont 4 % des auteurs éligibles figurent dans les listes Top 2 % a I = +1 : le double de la référence. Un établissement à 1 % a I = −1. Ces parts sont illustratives.
Ce que cela apporte, et les limites
- Apports : des indicateurs qui séparent taille et concentration ; l'impact lu avec l'intégrité ; des jeux de données ouverts qui permettent à chacun de refaire l'analyse ; un cadre de réflexion pour les chercheurs et les établissements sur la rigueur, la transparence, la visibilité et l'adoption.
- Limites : les indicateurs fondés sur les citations sont des approximations, pas des jugements sur des personnes ou sur la qualité ; les indicateurs d'intégrité signalent des situations à examiner, pas des fautes. RTVACOS est une grille de réflexion, pas un instrument de notation, et ne revendique aucune validation empirique. L'application de l'indice d'influence aux universités françaises fait l'objet d'un manuscrit en cours de soumission (Scientometrics) ; ses résultats seront présentés une fois publiés.
Pour aller plus loin
- Article : J. P. A. Ioannidis, J. Baas, R. Boverhof, C. Voyant, Science-wide mapping of institutions based on affiliated authors' impact and research integrity proxies, Royal Society Open Science 13, 260870 (2026), doi :10.1098/rsos.260870 (accès ouvert) · préprint doi :10.64898/2025.12.16.694665 · données doi :10.17632/jn5j7gjpzj.1
- Indice d'influence, code et données traitées : github.com/cyrilvoyant/influence-index-bibliometrics · doi :10.5281/zenodo.19706465 · manuscrit A Log-Based Influence Index for Evaluating Research Institutions (C. Voyant, J. Baas, R. Boverhof, P. Stringari, M. Marchand-Lasserre, J. P. A. Ioannidis), en cours de soumission
- Cadre sur l'excellence (RTVACOS) : C. Voyant, R. Amaro e Silva, N. Fichaux, L. Menard, S. Cros, R.-E. Mamouri, Beyond Publish and Pray : Engineering Research Excellence, préprint SSRN (2026), doi :10.2139/ssrn.6877118 · la conférence, le résumé et les références (en anglais)
- En français : tribune dans News Tank Éducation & Recherche (3 mars 2026) et le billet Excellence scientifique à l'ère de l'IA : du SEO au GEO sur ce site
- La démarche derrière ce travail : Comprendre avant de calculer