Se questionner sur nos façons de faire de la recherche : influence, intégrité, excellence

Dans un monde en pleine mutation, la recherche doit aussi examiner ses propres méthodes. La même démarche s'applique : comparer à une référence explicite, regarder ce qu'un nombre unique cache, et énoncer les limites.

Qui a fait quoi. La cartographie mondiale des institutions : John P. A. Ioannidis (Meta-Research Innovation Center at Stanford, université Stanford), Jeroen Baas et Roy Boverhof (Elsevier, Amsterdam), avec Cyril Voyant (Mines Paris – PSL, centre O.I.E.). L'indice d'influence : Cyril Voyant, Jeroen Baas, Roy Boverhof, Paolo Stringari, Marion Marchand-Lasserre et John P. A. Ioannidis. Le cadre sur l'excellence : Cyril Voyant, Rodrigo Amaro e Silva, Nicolas Fichaux, Lionel Menard, Sylvain Cros et Rodanthi-Elisavet Mamouri.

En bref

Le constat

Les outils qui servent à juger la recherche méritent le même examen que les modèles qui prévoient le soleil ou calculent une dose. Un indicateur de volume récompense la taille ; un score unique masque les problèmes d'intégrité ; un bon article que personne ne trouve n'a pas d'impact. Chacune de ces questions reçoit la même réponse qu'ailleurs dans ce travail : une référence explicite, plusieurs mesures complémentaires, et des limites énoncées.

La question

Comment un établissement, un financeur ou un chercheur doit-il lire la performance de la recherche, quand la production a quadruplé depuis 2004 et que les outils d'écriture par IA l'accélèrent encore ? Quels indicateurs mesurent vraiment ce que l'on croit ?

La théorie, en clair

L'influence, indépendamment de la taille. Avec X auteurs très cités parmi N auteurs éligibles d'un établissement, la part est p = X/N. On la compare à la part attendue par construction des listes Top 2 %, p₀ = 0,02 :

I = log₂(p / p₀)

I = 0 correspond à la référence, I = +1 au double, I = −1 à la moitié. L'échelle est symétrique et ne dépend ni de la taille de l'établissement ni des performances des autres. L'idée est la même que comparer une prévision à la persistance : un score n'a de sens que rapporté à une référence énoncée.

Impact et intégrité, côte à côte. La cartographie publiée dans Royal Society Open Science (2026) ajoute trois indicateurs de problèmes possibles d'intégrité : les signatures d'articles rétractés pour des raisons autres que des erreurs d'éditeur, et les parts d'auteurs très cités ayant une autocitation extrême ou beaucoup de publications dans des titres retirés de Scopus.

L'excellence comme système. RTVACOS écrit l'excellence E ∝ (R × T × V × A) × (1 + C + O + S) : quatre fondations (Rigueur, Transparence, Visibilité, Adoption) qui se multiplient, de sorte qu'un zéro dans l'une annule l'ensemble, et trois amplificateurs (Collaboration, Ouverture, Signification sociétale) qui démultiplient un socle solide sans pouvoir le remplacer.

L'exemple en chiffres

L'indice d'influence sur une échelle de doublement : 1 % donne −1, 2 % donne 0, 4 % donne +1, 8 % donne +2
L'indice d'influence sur une échelle de doublement : 1 % donne −1, 2 % donne 0, 4 % donne +1, 8 % donne +2

Un établissement dont 4 % des auteurs éligibles figurent dans les listes Top 2 % a I = +1 : le double de la référence. Un établissement à 1 % a I = −1. Ces parts sont illustratives.

Ce que cela apporte, et les limites

Pour aller plus loin