Prévision satellite du rayonnement : une maille, un voisinage ou tout le champ
Un satellite voit le rayonnement de toute une région, heure par heure. La tentation est de donner toute la carte au modèle de prévision. Garder le même modèle et ne changer que ce qu'il lit montre ce que la carte apporte vraiment.
Cyril Voyant (Mines Paris – PSL, centre O.I.E.), avec Andreas Kazantzidis (université de Patras) et Jan Kleissl (université de Californie à San Diego) · manuscrit en préparation, code et extrait de données ouverts
En bref
- Chaque modèle prévoit les 24 prochaines valeurs horaires d'une maille satellite au-dessus de la Corse à partir de ses 24 valeurs passées ; seul change ce qu'il lit : sa propre maille, un voisinage, tout le champ, ou un champ compressé.
- Dans le dépôt public, une machine à apprentissage extrême (ELM) qui lit sa propre maille a l'erreur cumulée la plus faible (nRMSE 0,308), devant le même modèle lisant tout le champ (0,355) avec mille fois moins de paramètres, et devant un U-Net (0,343) et un LSTM (0,326) lisant le champ.
- C'est une région, un produit satellite et un découpage sur deux ans : un résultat de banc d'essai, pas une loi générale.
Le constat
Sur ces données, l'historique horaire de la maille elle-même porte l'essentiel de ce qu'une prévision heure par heure du lendemain peut exploiter. Lire le reste de la carte ajoute des paramètres plus vite qu'il ne retire d'erreur : aucune des sept méthodes de compression testées, ni aucun des deux réseaux profonds lisant tout le champ, n'atteint le modèle par maille.
La question
Le rayonnement satellite arrive sous forme de cartes. Les réseaux profonds, U-Net ou LSTM, lisent des champs entiers ; les méthodes de compression réduisent le champ avant qu'un modèle le lise. Les deux ajoutent des entrées et des paramètres. Quelle part de cette information spatiale fait baisser l'erreur de la prévision pour chacune des 24 heures suivantes, et pour quel coût en paramètres stockés ?
La théorie, en clair
Un seul modèle, plusieurs entrées. Le modèle est une machine à apprentissage extrême (ELM) : une couche cachée de neurones tirés au hasard et jamais entraînés, et des poids de sortie ajustés par une seule résolution de moindres carrés. L'apprentissage prend quelques secondes et le nombre de paramètres stockés se compte facilement. Ce même modèle lit soit sa propre maille, soit un voisinage 3 × 3, soit tout le champ de 722 mailles, soit le champ compressé par l'une de sept méthodes (transformée de Radon, DCT, ondelettes, ACP, projection aléatoire, sous-échantillonnage, autoencodeur).
Des références honnêtes. La persistance répète la dernière heure, la persistance 24 h répète la même heure de la veille, et BLEND mélange les deux. Un modèle ne vaut ses paramètres que s'il les bat.
Un score honnête. Les erreurs sont cumulées sur toutes les mailles, toutes les échéances de 1 à 24 heures et toutes les heures de test où le Soleil est à plus de 5° au-dessus de l'horizon. Le nRMSE est divisé par la moyenne des observations retenues de l'année de test, 407,9 W/m².
L'exemple en chiffres

Les données sont le rayonnement HelioClim-3 (méthode Heliosat-2, images Meteosat, service SoDa) sur 1 148 points au-dessus de la Corse, au pas horaire, avec 2005 pour l'apprentissage et 2006 pour le test.
- L'ELM par maille atteint un nRMSE de 0,308 avec environ 100 000 paramètres stockés ; l'ELM sur tout le champ atteint 0,355 avec environ 100 millions.
- En W/m² : 0,308 × 407,9 ≈ 126 W/m², contre environ 145 W/m² pour l'ELM sur tout le champ.
- Un voisinage 3 × 3 n'aide pas non plus (0,3087 contre 0,3077 pour une seule maille).
- La persistance 24 h obtient 0,396 et BLEND 0,376 : tous les modèles appris les battent.
Ce que cela apporte, et les limites
- Apports : un protocole où seule l'entrée change, pour que la valeur de l'information spatiale soit mesurée et non supposée ; un nombre de paramètres à côté de chaque erreur, dans l'esprit de la démarche frugale ; un code qui reconstruit les tableaux en quelques secondes.
- Limites : une région, un produit satellite (HelioClim-3), un pas horaire et un seul découpage 2005/2006. La prévision infra-horaire, pilotée par le mouvement des nuages, peut se comporter autrement. Le manuscrit est en préparation ; seuls les chiffres du dépôt public sont donnés ici.
Pour aller plus loin
- Théorie complète, équations, tableau de résultats et code : le guide technique (en anglais)
- Code et extrait de données : github.com/cyrilvoyant/cell-vs-field-irradiance · archive doi :10.5281/zenodo.23562557 · données HelioClim-3, service SoDa, selon ses conditions d'utilisation
- La même idée ailleurs : MIMO-ELM, sept signaux énergétiques de la Corse prévus par un seul modèle · de combien de modèle une prévision a-t-elle besoin ?
- La démarche derrière ce travail : Comprendre avant de calculer